Utopiste, je crois. L’utopie est liée au rêve, à la liberté ; elle libère les âmes artistes. J’ai tendance à rêver
beaucoup, à partir très vite. Dès 1985, je rêvais déjà d’un spa en concevant un espace marin multisensoriel,
constitué de 4 cabines autour d’un aquarium. Cet agencement favorisait une circulation privilégiant l’intimité.
Toucher, respiration, stimulation visuelle, sonore, olfactive..., je cherchais déjà à harmoniser toutes ces notions.
Je suis sans cesse en quête de nouvelles
sensations et associations venues de la mer
pour faire naître un bien-être toujours plus
profond. Dernier grand soin que nous avons
imaginé, Aquadream symbolise à merveille
cette volonté. J’avais demandé à Loïc
Leferme de partager avec nous sa maîtrise
de la respiration, acte essentiel s’il en est.
Mon souhait reste de permettre aux gens
d’être en accord avec eux-mêmes et leur
environnement et, donc, dans un meilleur
état d’esprit.
Contrairement à la thalasso très physique et énergique,
le spa se situe davantage dans le mental et la sérénité.
L’une joue sur la liberté, la puissance de la mer ; l’autre
s’adresse à la mer intérieure de chacun. Selon le principe
du yin et du yang, les 2 univers se complètent : on se
recharge physiquement en thalasso et mentalement au
spa... Voilà pourquoi le spa doit favoriser une déconnexion
totale du monde extérieur, d’où l’importance de ne croiser
qu’un minimum de personnes...
Parfois, antichambres et couloirs fonctionnent comme des sas. Ou alors, on
passe directement d’une cabine à l’autre. A Saint-Paul-de-Vence, baignoire et
table de massage se trouvent dans une même pièce. Je me suis aussi inspiré
de l'architecture du M’zab, une région algérienne, où l’entrée de la maison est
typiquement conçue pour séparer l’espace privé de la rue et préserver ainsi
l’intimité de ses résidents. Principe que l’on retrouve dans chaque cabine.
Les modulations de lumière sont essentielles pour
favoriser le lâcher-prise, qu’il s’agisse des cabines,
des bassins chromatiques ou des espaces de méditation.
Par exemple, dans un environnement minéral, les lampes
en sel de l’Himalaya aux tonalités orangées sont
particulièrement propices à l’apaisement. Les musiques
sont naturellement choisies avec beaucoup d’attention.
Je laisse l’endroit m’habiter ! Et moi-même je l’habite en le
considérant avec une vision artistique forte, comme pour
une installation... d’ailleurs, j’y dépose mes propres
sculptures. Et je cherche à transmettre les émotions nées d’une vraie rencontre avec un lieu. Pour le Maroc, ça
passe par le tadelak, les colonnes et les portes ouvragées, des objets de la vie quotidienne que je chine moi-même
et qui sont intégrés de façon détournée. Les objets, les matières, les fleurs transmettent aussi un message.
A chaque spa est associée une fleur : la rose à Marrakech, l’arum à Gordes et la fleur de coton à Saint-Paul-de-Vence.
J’envisage chaque spa comme une sculpture, comme une
création vivante et sensorielle, comme un voyage en soi...
Chaque nouveau projet représente une occasion de
m’exprimer et d’exprimer l’âme singulière d’un lieu. Mais, bien
sûr, notre expertise marine, avec les actifs puissants et
naturels issus du milieu marin et intégrés dans nos soins,
reste le cœur de notre spécificité. De même, nos équipes
dûment formées à nos soins exclusifs transmettent à chacun
notre philosophie et nos techniques de bien-être.
En effet, j’y mets beaucoup de moi-même. Mon investissement est tel qu'à la fin de chaque projet, je connais
même une forme de baby-blues ! Voilà sans doute pourquoi, je passe rapidement à la suite. Actuellement, je
réfléchis à un cadre d’expression totalement différent qui m’intéresse beaucoup et dont la virtualité permet une
autre forme de liberté... Un projet qui, je l’espère, verra prochainement le jour.
Si l’on peut parler de paix comme d’une émotion, alors la paix avec
soi-même et les autres.
Celle d’une mer alanguie, calme, aux sonorités sourdes.
Ou ce morceau de Jimi Hendrix qui, voyant arriver la guerre atomique,
descend symboliquement et musicalement dans la profondeur des océans.
Dans un autre registre : « La mer » de Debussy.
Le parme, peut-être… Finalement, non, le spa, c’est en même temps le jour et la nuit, le yin et le yang, une couleur
dense et profonde comme la nuit et une autre qui vous ramène vers la lumière. Une bichromie.
« Frotter son cerveau contre celui des autres » de Montaigne. C’est toujours très enrichissant quand, après la
réflexion solitaire, vient le moment de l’échange et de la création avec mes équipes.
L’aurore et le crépuscule, le lever et le coucher : on a autant besoin de la puissance de l’aube que de la fin de la
journée. Entre-temps, le monde vit.